Le redéploiement du dispositif allemand

Fabrication en série de la fusée A4 dans l’usine souterraine « Mittelwerk », prise par Walter Frentz © La Coupole / Ullstein Bild

L’attaque contre Peenemünde provoque la panique chez les dirigeants nazis, et les amène à prendre une série de décisions importantes dans les derniers jours d’août 1943. L’intervention de la SS dans le programme de fusées gagne alors en ampleur : c’est elle qui contrôlera les installations d’essais, elle qui assurera la mise en place de la production et fournira la main-d’œuvre concentrationnaire nécessaire.

 

Des sites souterrains

Les fonctions, jusqu’alors regroupées géographiquement, sont dispersées : les essais ont désormais lieu à Blizna, en Pologne ; la production en série est projetée dans une usine souterraine à aménager en Thuringe, près de Nordhausen. En France, comme le grand bunker de tir prévu pour les fusées, à Éperlecques, a été sévèrement endommagé lors du bombardement du 27 août, un nouveau site de tir est mis en place : La Coupole, située près de Saint-Omer. Engagés très rapidement, les travaux se concentrent d’abord sur la construction d’un gigantesque dôme de béton armé qui doit ensuite protéger le site souterrain. Au même moment, au cœur du Reich débute un autre chantier secret.

 

Un camp de concentration-usine

Les travaux d’aménagement de l’usine souterraine – baptisée « Mittelwerk » (« usine du centre ») – commencent dès le 28 août 1943 avec l’arrivée, à Nordhausen, d’un premier groupe de 100 déportés venus de Buchenwald, pour alimenter un Kommando de travail baptisé « Dora ». Parmi eux, trois avaient été déportés de France (renvoi à la page dédiée au Livre des 9 000). Ordonnée depuis Berlin, la mise en exécution d’un « programme Dora » allait contribuer à accélérer le départ des convois depuis Compiègne vers Buchenwald.

Pendant six mois, les prisonniers de Dora connaissent des conditions de vie dramatiques pour transformer un dépôt de carburant en usine moderne : travail épuisant, nourriture insuffisante, violence des gardes, absence totale d’hygiène (les détenus dorment dans des galeries et sont couverts de poux). La mortalité est alors épouvantable, estimée à près de 6 000 hommes.

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